Par Fatou Krubally
La Banque centrale de Gambie (CBG) a décidé de maintenir son taux directeur (Monetary Policy Rate – MPR) à 14 %, invoquant la persistance des pressions inflationnistes ainsi que les incertitudes qui continuent de peser sur l’économie mondiale.
Le gouverneur Buah Saidy a annoncé cette décision jeudi à l’issue de la réunion du Comité de politique monétaire (MPC), qui a examiné la conjoncture économique nationale et internationale ainsi que les perspectives économiques à court terme du pays.
Le Comité a indiqué que l’économie gambienne demeure résiliente malgré les tensions géopolitiques accrues. Les estimations provisoires montrent que le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de 5,7 % en 2025, tandis que les prévisions de croissance pour 2026 ont été revues à la hausse à 5,8 %.
Cette croissance devrait être soutenue par l’expansion continue des secteurs du tourisme, de la construction, du commerce, des services financiers, de l’investissement et des transferts de fonds de la diaspora.
Toutefois, la Banque centrale a averti que les perspectives restent exposées à des risques baissiers, notamment l’aggravation des tensions géopolitiques et les conditions météorologiques défavorables susceptibles d’affecter la production agricole, l’approvisionnement alimentaire, les revenus ruraux et l’inflation.
L’inflation ralentit
Le Comité de politique monétaire a noté que l’inflation globale est retombée à 7,0 % en juillet 2026, contre 7,6 % en juin, principalement grâce à la baisse des prix des produits alimentaires.
L’inflation alimentaire a reculé de 6,6 % à 5,8 % sur la même période.
En revanche, l’inflation des produits non alimentaires a augmenté à 8,9 %, principalement en raison de la hausse des coûts de transport, tandis que l’inflation sous-jacente demeure supérieure à l’objectif implicite de moyen terme de 5 % fixé par la Banque.
Un secteur extérieur stable
La Banque centrale a indiqué que le déficit du compte courant s’est creusé pour atteindre 34,6 millions de dollars américains, soit 1,3 % du PIB, au deuxième trimestre 2026, contre 29,7 millions de dollars au trimestre précédent.
Le déficit commercial des marchandises s’est toutefois réduit à 242,5 millions de dollars, les exportations ayant augmenté de 21,9 % pour atteindre 171 millions de dollars, tandis que les importations ont diminué de 2,6 % à 413,5 millions de dollars.
Les transferts privés de fonds ont progressé à 265,5 millions de dollars, continuant de soutenir l’offre de devises sur le marché national.
Le dalasi est resté globalement stable, n’enregistrant qu’une légère dépréciation face aux principales monnaies internationales. Les réserves officielles brutes s’élevaient à 563,9 millions de dollars à la fin de juillet 2026, représentant 4,3 mois de couverture prévisionnelle des importations.
Une situation budgétaire en amélioration
Le Comité a également fait état d’une amélioration des performances budgétaires du gouvernement au cours du premier semestre 2026.
Le déficit budgétaire global, y compris les dons, s’est réduit à 3,8 milliards de dalasis, soit 1,7 % du PIB, contre 6,1 milliards de dalasis, soit 3,1 % du PIB, durant la même période en 2025.
Hors dons, le déficit est passé de 12,8 milliards à 10,2 milliards de dalasis, reflétant une meilleure mobilisation des recettes intérieures et une rationalisation des dépenses publiques.
Malgré cette amélioration, la dette intérieure a atteint 55,43 milliards de dalasis, les instruments à court terme représentant plus de la moitié de l’encours total, ce qui souligne la persistance des risques liés au refinancement.
Une politique monétaire prudente
Le Comité a également maintenu le coefficient de réserves obligatoires des banques commerciales à 13 %, le taux de la facilité permanente de dépôt à 5 % et le taux de la facilité permanente de prêt à 15 %.
Selon le MPC, la combinaison d’une activité économique plus soutenue, d’un ralentissement de l’inflation globale, de pressions persistantes sur les prix des produits non alimentaires et des incertitudes mondiales justifie le maintien d’une politique monétaire prudente.
La Banque centrale a réaffirmé son engagement à ramener progressivement l’inflation vers son objectif de moyen terme, tout en restant prête à adapter sa politique en fonction de l’évolution des conditions économiques nationales et internationales.
