Des députés fustigent le système budgétaire, le qualifiant de « bulldozer sans pieds »

Par: Fatou Krubally

Plusieurs membres de l’Assemblée nationale ont vivement critiqué le système budgétaire gambien, le qualifiant d’inefficace et incapable de tenir l’exécutif pour responsable, malgré la récurrence des malversations financières.

L’honorable Lamin Ceesay, député de Kiang West, s’est montré particulièrement virulent, qualifiant le système de « bulldozer sans pieds » incapable d’imposer la discipline budgétaire.

S’exprimant lors des délibérations sur le rapport du Comité des finances et des comptes publics (FPAC) jeudi, il a salué le travail acharné du comité, tout en déplorant le peu de temps accordé à l’examen approfondi du rapport.

« Notre système budgétaire n’a aucun sens. Inutile de débattre ici du budget national si les ministres peuvent le contourner sans respecter la loi », a-t-il déclaré. Citant les conclusions du FPAC, Ceesay a souligné des achats et dépenses effectués sans en informer les organes budgétaires compétents, ni preuve d’approbation gouvernementale.

« Ce Parlement ressemble à un bulldozer sans pieds. Nous approuvons les budgets ici, mais les ministres les manipulent à leur guise », a-t-il ajouté. Bien qu’il ait précisé ne pas viser le Président personnellement, il a noté que l’attitude de l’exécutif reflète les dérives révélées par la Commission d’enquête sur les collectivités locales.

L’honorable Babou Ceesay, député de Sabach Sanjal, a plaidé pour un meilleur suivi des recommandations du FPAC. Soulignant que l’Assemblée doit exiger des rapports de progrès réguliers, il a mis en garde contre la perte de sommes importantes d’argent public.

« Ce sont nos femmes qui se lèvent à 4h du matin pour payer ces impôts, et cet argent finit dans les poches de quelques individus », a-t-il dénoncé. « Le FPAC a identifié les problèmes et proposé des solutions ; il faut s’assurer que les institutions répondent et agissent. »

L’honorable Lamin J. Sanneh, de Brikama Sud, a exprimé son inquiétude face aux écarts financiers persistants qui se chiffrent en milliards de dalasis.

« Les défaillances dans les états financiers révèlent d’énormes écarts d’année en année », a-t-il dit. Sanneh a appelé à consolider les archives sur les infrastructures publiques et à renforcer les mécanismes de contrôle, avertissant que de nombreuses recommandations manquent de plans concrets de mise en œuvre.

L’honorable Abdoulie Njai, député de Banjul Central, a déclaré que la gestion des finances publiques du pays souffre de failles systémiques. Il a réclamé des résolutions parlementaires contraignantes par la loi, avec des sanctions claires en cas de non-respect.

« Nous perdons des milliards pendant que les recommandations prennent la poussière », a-t-il déploré. Njai a aussi insisté sur la nécessité d’évaluer correctement les biens publics, dont beaucoup restent non documentés ou sous-évalués.

L’honorable Omar Jammeh, de Janjanbureh, a demandé des mesures urgentes contre la contrefaçon et les malversations financières dans les conseils locaux, plaidant pour un contrôle externe accéléré.

« Le rapport montre des agents publics impliqués dans la contrefaçon », a-t-il déclaré. Il s’est aussi inquiété du fait que les conseils ne tiennent pas correctement leurs registres de recettes, et a appelé à une mise en œuvre rapide des recommandations sur l’harmonisation des frais médicaux et non médicaux.

Se tournant vers la justice, Jammeh a averti : « Les irrégularités dans le système judiciaire minent la confiance du public. Si on ne résout pas cela, on est perdus. »

L’honorable Gibbi Mballow, député de Lower Fuladu, a exigé des arrestations immédiates à la suite des révélations du rapport.

« Nous voulons être un gouvernement sérieux ; on ne peut pas permettre que chacun fasse ce qu’il veut », a-t-il insisté. Il a également remis en question l’exploitation impunie des ressources nationales par des entreprises étrangères.

L’honorable Shiriff Sarr, de Jeshwang, a dénoncé la situation « inacceptable » des agriculteurs, du personnel de santé et des pauvres, accusant les autorités de se complaire pendant que les citoyens souffrent. Il a exhorté à agir pour alléger ce fardeau.

Le député du Central Badibou s’est dit profondément déçu par la corruption généralisée aux niveaux central et local, appelant à des arrestations urgentes et à des résolutions fermes.

La députée nommée Fatou K. Jawara a souligné la nécessité pour le ministère des Finances et le gouvernement central de remettre de l’ordre dans leur gestion. Elle a exhorté les leaders communautaires à s’approprier les défis de gouvernance et à agir avec fermeté dans leurs localités.

L’honorable Birom Sowe, député de Niamina West, a pointé les retards inacceptables dans les rapports financiers et a appelé à un soutien ciblé pour les travailleurs de la santé, notamment dans les zones mal desservies.

L’honorable Sani Alfusainey Ceesay, ainsi que les députés de Jarra West et de Basse, ont exprimé leurs inquiétudes concernant un financement non durable, avertissant qu’un manque de ressources suffisantes menace la gouvernance à tous les niveaux.

Le chef de la majorité, Billay G. Tunkara, député de Kantora, a appelé à des enquêtes pénales sur les manipulations financières, notamment la suppression de transactions et les transferts de biens inexpliqués. Il a exhorté l’Assemblée à adopter des résolutions fortes pour protéger l’argent des contribuables et traduire les coupables en justice.

Le chef de l’opposition a salué le rapport exhaustif du FPAC et a encouragé la poursuite des enquêtes. Il a reconnu des progrès dans la collecte des recettes, tout en soulignant les défis persistants en matière d’audit et de transparence.

Collectivement, les députés ont dénoncé une culture généralisée d’impunité et la nécessité urgente de mécanismes juridiquement contraignants pour imposer la discipline financière et réformer les institutions. Ils ont averti que sans mesures décisives, la confiance du public dans la gouvernance et le développement national continuerait de s’éroder.

À la clôture du débat, l’Assemblée s’est montrée unanime dans sa demande d’une mise en œuvre immédiate et transparente des recommandations du FPAC, ainsi qu’un renforcement de la surveillance et des sanctions pour dissuader toute future mauvaise gestion.