Par Haddy Touray
La liberté de la presse en Gambie s’est nettement améliorée depuis la fin du régime autoritaire en 2017, mais des signes émergents de régression apparaissent depuis 2022, selon une analyse médiatique du journaliste gambien Bakary Ceesay.
S’exprimant depuis l’Allemagne à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée chaque année le 3 mai, Ceesay a décrit le paysage médiatique du pays comme une trajectoire « deux pas en avant, un pas en arrière », soulignant à la fois des progrès substantiels et des défis croissants.
Il a rappelé que sous l’ancien président Yahya Jammeh (1994–2017), la liberté de la presse était sévèrement restreinte, les journalistes faisant face à des arrestations, à l’intimidation, à l’exil et, dans certains cas, à la mort. Il a cité le meurtre en 2004 de la rédactrice en chef Deyda Hydara et des lois sévères qui criminalisaient la diffamation, exposant les journalistes à de longues peines de prison.
Selon lui, la Gambie s’est classée 145e sur 180 pays dans l’indice de la liberté de la presse 2016 de Reporters sans frontières (RSF), reflétant ce qui a été décrit comme une « situation très grave ».
Ceesay a noté qu’entre 2017 et 2021, le pays a enregistré d’importantes améliorations, notamment une décision de la Cour suprême de 2018 qui a déclaré la diffamation pénale inconstitutionnelle, ainsi que l’émergence de nouveaux médias et l’élargissement des opportunités de formation pour les journalistes.
Il a ajouté que le classement de la Gambie s’est amélioré à la 85e position en 2021, indiquant un environnement moins restrictif pour la pratique médiatique.
Cependant, l’analyste a souligné des développements récents suggérant un déclin. Il a cité l’arrestation en septembre 2024 de journalistes du journal The Voice à la suite d’un reportage concernant les prétendues intentions de sortie du président Adama Barrow, notant qu’ils étaient accusés de « fausse publication et diffusion ».
Il a averti que de telles dispositions juridiques, ainsi que les lois sur la sédition et les fausses nouvelles encore en vigueur, pourraient être utilisées pour restreindre la liberté de la presse malgré les réformes judiciaires antérieures.
Ceesay a également souligné les défis économiques auxquels font face les médias, notamment les bas salaires, la formation limitée et la dépendance financière à la publicité politique, ce qui, selon lui, sape l’indépendance éditoriale.
De plus, il a averti que la diffusion de désinformation, en particulier sur les réseaux sociaux, pourrait être utilisée par les autorités comme justification pour un contrôle plus strict sur la presse.
Le classement de la Gambie dans l’indice RSF est tombé à la 92e place en 2025, en baisse par rapport à son pic de 2021, que Ceesay a décrit comme un signe d’alerte plutôt qu’un véritable renversement des gains.
Il a conclu que, bien que l’environnement actuel reste bien plus ouvert qu’à l’époque Jammeh, il est nécessaire de réformes durables, notamment l’abrogation des lois restrictives, le renforcement du financement des médias et l’assurance de protections juridiques pour les journalistes.
« La liberté de la presse s’est améliorée, mais elle n’est pas encore sécurisée », a-t-il déclaré, appelant les autorités et le public à la vigilance avant les prochaines élections.
