Par Fatou Krubally
Le département de l’immigration de Gambie a renouvelé les appels à l’adoption urgente d’une législation criminalisant la contrebande de migrants.
Le département avertit que l’absence d’une telle loi expose le pays à une migration irrégulière organisée, suite à l’accident de bateau mortel de la semaine dernière au large de l’île de Jinack.
Lors d’un point presse conjoint, la commissaire à la gestion de la migration du département de l’immigration, Binta K.J. Barrow, affirme que les passeurs de migrants exploitent les lacunes juridiques en Gambie après que le Sénégal voisin a adopté des lois criminalisant cette infraction.
« Le Sénégal a une loi qui criminalise la contrebande de migrants. La Gambie n’a pas encore eu cela », a déclaré Barrow, ajoutant que la situation est bien connue dans toute la sous-région et a conduit à un déplacement des routes de contrebande vers le territoire gambien.
Elle a souligné que l’absence d’un cadre juridique clair a laissé les agents de l’immigration, de la police et de la marine avec des options d’application limitées au-delà des interceptions répétées.
« Où est la loi que nous appliquons ? » Barrow a demandé, soulignant que l’adoption d’un projet de loi permettrait aux autorités de poursuivre les organisateurs plutôt que de simplement intercepter des migrants alors que leur vie est déjà en danger.
Barrow a révélé que 82 survivants de l’incident de Jinack sont actuellement sous la garde du Département de l’Immigration, dont des Gambiens, des Sénégalais, des Maliens et des Ivoiriens. Elle a ajouté que les autorités ont depuis intercepté plusieurs groupes de migrants potentiels, portant le nombre total de migrants interceptés ces derniers jours à plus de 200.
En conséquence, plus de 300 migrants sont désormais hébergés au Centre d’accueil des migrations de Tanji, qu’elle dit être surchargé et nécessiter un soutien logistique urgent.
Barrow a qualifié d’« alarmant » l’implication croissante des non-Gambiens dans la migration irrégulière à travers la Gambie, notant que la plupart des organisateurs identifiés jusqu’à présent sont des ressortissants étrangers.
En donnant une mise à jour sur l’incident, le directeur intérimaire des opérations de la National Disaster Management Agency (NDMA), Momodou B.K. Ceesay, a indiqué que le bateau transportait environ 235 personnes lorsqu’il s’est échoué sur un banc de sable vers minuit le 31 décembre, dans un contexte de mauvaises conditions météorologiques et d’une surpopulation sévère.
Ceesay a indiqué que 112 personnes avaient été secourues le premier jour, tandis qu’une d’elles était décédée plus tard en route vers l’hôpital. Au dernier décompte, 117 personnes ont été officiellement retrouvées, y compris les décédés, avec des craintes qu’environ 100 personnes soient encore portées disparues.
Les opérations de recherche et de récupération se poursuivent le long de la côte malgré une mer agitée, un équipement limité et des pénuries de sacs mortuaires. La NDMA a également rapporté que les survivants et leurs familles reçoivent un soutien psychosocial.
Les autorités ont averti que sans réformes juridiques urgentes, une meilleure coordination et des pouvoirs d’application renforcés, la Gambie risque de faire face à des tragédies similaires à l’avenir.
