Le tribunal ordonne au propriétaire d’une radio de la côte Ouest de produire l’interview du porte-parole du gouvernement

Par : Nicholas Bass

Le tribunal de grande instance de Banjul, présidé lundi par l’honorable juge Ebrima Jaiteh, a ordonné au propriétaire de West Coast Radio de produire l’enregistrement audio de l’interview du porte-parole du gouvernement, Ebrima G. Sankareh.

Bien que M. Sankareh n’ait pas été cité à comparaître ni assigné à témoigner, il a comparu hier devant la Haute Cour de Banjul dans le cadre du procès en cours d’Ousainou Bojang, accusé du meurtre de deux agents de police et de blessures infligées à un autre.

Le juge Ebrima Jaiteh, après avoir entendu une requête non contestée de l’avocate de la défense, Me Adama Sillah, représentant la deuxième accusée Amie Bojang, a ordonné au propriétaire de West Coast Radio de produire devant le tribunal l’enregistrement audio de l’interview entre le porte-parole du gouvernement, M. Ebrima G. Sankareh, et M. Peter Gomez.

Pour rappel, le 14 septembre 2023, le porte-parole du gouvernement, Ebrima G. Sankareh, avait été interviewé par Peter Gomez dans l’émission Coffee Time concernant le présumé tireur ayant tué deux agents de police et grièvement blessé un troisième.

Cependant, lors du contre-interrogatoire avec Me Adama Sillah, sixième témoin de la défense [DW6], le porte-parole du gouvernement, Ebrima G. Sankareh, a nié avoir mentionné le nom du présumé tireur de l’Unité d’intervention de la police (PIU).

  1. Sankareh a reconnu avoir eu une interview avec Peter Gomez le 14 septembre 2023. Mais lorsqu’on lui a demandé par Me Sillah de produire l’enregistrement audio de l’interview, le porte-parole de l’État a rapidement nié en être en possession.

À ce moment, l’avocate de la défense, Me Sillah, a demandé au tribunal d’ordonner au propriétaire de West Coast Radio de produire l’interview de M. Sankareh.

Dans sa décision, le juge a déclaré qu’après avoir dûment examiné la « pertinence et la valeur probante » de l’élément demandé pour un règlement équitable et juste des questions soumises au tribunal, ladite requête est « par la présente accordée ».

Le juge a cité l’article 123 du Code de procédure pénale et l’article 221 de la Loi sur la preuve, qui habilitent le tribunal, à tout moment du procès, à convoquer toute personne comme témoin.

Le juge Jaiteh a également précisé que la Loi sur la preuve donne au tribunal le pouvoir d’ordonner la production de tout document ou objet nécessaire ou souhaitable pour découvrir la vérité.

Il a donc ordonné au propriétaire de West Coast Radio de comparaître devant le tribunal et de produire l’enregistrement audio complet et non modifié de l’interview réalisée entre M. Ebrima Sankareh, porte-parole du gouvernement, et M. Peter Gomez, diffusée le 14 septembre 2023.

Par ailleurs, Sankareh, ancien journaliste, a affirmé qu’en dehors de l’interview accordée à West Coast Radio, aucun autre média ni journaliste ne l’avait interviewé au sujet de la fusillade présumée du 12 septembre 2023 impliquant les forces paramilitaires.

Pressé par Me Darboe, avocat de la défense, de confirmer s’il avait déclaré dans une interview à West Coast que le présumé tireur Ousainou Bojang était un agent de sécurité parmi les manifestants lors du procès du président du Conseil régional de Brikama, Yankuba Darboe, qui se tenait près du tribunal de première instance de Banjul, le DPP Yusuf a soulevé une objection.

Il a fait valoir que, dans l’interrogatoire principal, la défense devait poser des questions indirectes au témoin, et que la déclaration en question ne figurait pas dans le dossier.

À ce stade, l’avocate de la défense a révélé que l’interview de M. Sankareh avec West Coast Radio avait également été publiée dans lapresse écrite, et que ces publications avaient été admises comme pièces à conviction 17, 18, 19 et 20.

Sankareh a maintenu que les informations qu’il avait diffusées sur West Coast Radio lui avaient été communiquées par la police gambienne, précisant qu’il s’agissait des résultats préliminaires de l’enquête policière, et que c’était sa responsabilité, en tant que représentant du gouvernement, d’informer le public sur la fusillade présumée.

Il a révélé que le tireur présumé s’était enfui avec un complice en Casamance, tout en admettant que le gouvernement avait promis une compensation de D25 000 à la famille des victimes, réfutant avoir déclaré qu’elle recevrait une compensation de D100 000.

Enfin, le porte-parole de l’État a révélé que le président de l’époque avait promis une récompense d’un million de dalasis (D1 000 000) à toute personne fournissant des informations sur le présumé tireur.