Par : Isatou Sarr
La Haute Cour de Banjul, présidée par le juge Z.N. Mboob, a libéré et acquitté mardi Baboucarr M.S. Jobarteh de toutes les charges liées à la présumée délivrance frauduleuse de passeports diplomatiques.
Jobarteh a été l’ancien directeur général du protocole au ministère des Affaires étrangères. Il était jugé pour deux chefs d’accusation en vertu du Code criminel, notamment la création de documents sans autorisation et l’obtention d’argent sous de faux prétextes.
Le ministère public a allégué que Jobarteh approuvait des passeports diplomatiques pour des personnes qui n’étaient ni diplomates ni ayant droit à de tels documents.
Il a également été allégué qu’il avait obtenu 175 000 D chacun de Sulayman Keita et Abdul Wahab Jabbie en affirmant faussement pouvoir faciliter la délivrance de passeports diplomatiques pour eux.
Au cours du procès, l’accusation a appelé plusieurs témoins, dont Ndey Njie et Isatou Manneh. Les deux femmes ont témoigné qu’elles avaient été présentées à un agent, Ousman Drammeh, qui leur avait promis des visas américains et des passeports diplomatiques pour faciliter leur voyage vers les États-Unis.
Njie a déclaré au tribunal qu’elle avait payé 350 000 D pour la procédure, tandis que Manneh avait versé 250 000 D. Ils ont déclaré avoir été conduits au ministère des Affaires étrangères puis au département de l’Immigration pour compléter des documents, après quoi ils ont reçu des passeports diplomatiques malgré l’absence de statut diplomatique.
Manneh, alors enceinte de sept mois, a témoigné qu’elle avait ensuite demandé un remboursement après avoir réalisé que les passeports ne garantissaient pas l’entrée aux États-Unis comme on lui avait laissé croire.
L’inspecteur Hassan Baldeh, qui siégeait à un comité de police enquêtant sur l’affaire, a témoigné que le comité avait identifié 41 personnes en possession de passeports diplomatiques qui ne répondaient pas aux critères requis.
Selon l’accusation, les formulaires d’approbation portaient la signature de Jobarteh.
Njogou Saer Bah, ancien secrétaire permanent au ministère des Affaires étrangères, a exposé la hiérarchie d’approbation des passeports diplomatiques. Il a déclaré que, bien que le Président ait le pouvoir d’ordonner la délivrance à toute personne, y compris les non-diplomates, les demandes standard doivent répondre à des critères établis.
Il a soutenu que certaines approbations, y compris celles destinées aux étudiants non liés au service diplomatique, ne répondaient pas à ces normes.
En témoignant pour sa défense, Jobarteh a nié toute faute ni reçu d’argent. Il soutenait qu’en tant que Directeur général du protocole, il avait le pouvoir de signer les approbations de passeport et agissait souvent sur des directives du Bureau du Président.
Il a témoigné qu’après le changement de gouvernement en 2017, des listes de noms avaient été soumises par des acteurs politiques, dont une qu’il a dit avoir été apportée par le chef conducteur du président, qu’il a traitée en la croyant officielle.
Dans son jugement, la juge Mboob a estimé que l’accusation « avait lamentablement échoué » à établir les accusations au-delà de tout doute raisonnable. Elle a découvert que Jobarteh avait signé des documents en sa capacité officielle et non au nom d’une autre personne.
Le tribunal a également noté l’absence de témoins clés, dont Abdul Wahab Jabbie, et a fait référence au témoignage de Sulayman Keita niant toute relation avec les accusés.
Le juge Mboob a critiqué la gestion de l’affaire par l’État, invoquant des incohérences et des amendements répétés aux accusations. Bien qu’elle ait observé que les preuves suggéraient d’éventuelles manquements administratives, elle a statué que les infractions pénales spécifiques inculpées n’étaient pas prouvées.
Jobarteh a donc été libéré et acquitté de tous les chefs d’accusation.
