Par : Fatou Krubally
Les prisons en Gambie fonctionnent bien au-delà de leur capacité prévue, des cellules conçues pour huit détenus accueillant désormais jusqu’à 22 personnes, a révélé le Médiateur mardi.
Cette révélation a été faite par des responsables lors de la présentation des rapports 2023–2024 du Bureau du Médiateur devant la Commission des finances et des comptes publics (FPAC) de l’Assemblée nationale, mardi.
Le rapport décrit la surpopulation comme un problème national touchant les principaux établissements, notamment la Mile 2 Central Prison et la Janjanbureh Prison.
Les membres de la commission ont appris qu’en raison du manque d’espace, les détenus en détention provisoire et les prisonniers condamnés sont parfois placés dans les mêmes cellules.
Les responsables ont attribué cette surpopulation principalement à des infrastructures obsolètes et à des installations de détention inadéquates, qui rendent difficile une classification et une gestion appropriées des détenus.
« Vous allez dans l’aile de détention provisoire pour une cellule censée accueillir huit personnes et vous en trouvez 22 dans cette cellule surchargée », a-t-on indiqué à la commission.
Le rapport souligne également que les prisons ne disposent pas d’espaces suffisants pour l’exercice physique et les activités récréatives, notamment le football, le volley-ball et la course à pied.
Selon les responsables, la structure et la taille des bâtiments existants rendent difficile la mise en œuvre de programmes de réhabilitation efficaces.
Le Bureau du Médiateur a recommandé la construction de nouveaux établissements pénitentiaires, en particulier pour remplacer la prison centrale de Mile 2 et pour augmenter la capacité de la prison de Janjanbureh. Il a en outre conseillé que les nouvelles infrastructures intègrent des unités de classification appropriées et des installations dédiées à la réhabilitation.
La commission a également examiné le bien-être des détenus, notant que dans de nombreux centres de détention de police, la nourriture n’est pas fournie par l’État. À la place, les détenus sont souvent nourris par des agents ou par leurs proches.
Le rapport indique que l’allocation officielle quotidienne pour l’alimentation, connue sous le nom de « ration du prisonnier », s’élève à cinq dalasis par détenu.
Les membres de la commission ont qualifié ce montant d’insuffisant, affirmant qu’il exerce une pression supplémentaire sur les chefs de poste qui couvrent parfois les frais d’alimentation avec leurs propres fonds.
Les responsables ont souligné que les détenus restent sous la garde du gouvernement et que leur bien-être relève donc de la responsabilité de l’État.
Des préoccupations ont également été soulevées concernant les pratiques de détention dans les installations militaires et la question de savoir si toutes les détentions respectent les exigences constitutionnelles relatives aux délais pour présenter les suspects devant l’autorité compétente.
Les législateurs ont indiqué qu’ils pourraient effectuer des visites dans les centres de détention afin d’évaluer les conditions, tandis que le Bureau du Médiateur a précisé avoir récemment achevé une tournée d’inspection à travers les provinces et qu’il soumettrait prochainement d’autres conclusions.
Le rapport met en évidence des défis structurels et sociaux persistants au sein du système de détention du pays, identifiant la capacité carcérale et la prise en charge des détenus comme des enjeux politiques urgents nécessitant l’attention du gouvernement.
