Par Haddy Touray
Banjul, Gambie (PANA) – Les Nations unies ont appelé à une action collective renouvelée et soutenue pour mettre fin aux mutilations génitales féminines (MGF) en Gambie, qualifiant cette pratique de grave atteinte aux droits humains qui continue d’affecter des milliers de femmes et de filles malgré les efforts juridiques et de sensibilisation.
Dans une déclaration conjointe publiée vendredi à l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, le Coordonnateur résident des Nations unies, Karl-Frederick Paul, la Représentante du FNUAP en Gambie, Ndeye Rose Sarr, et la Représentante de l’UNICEF, Nafisa Binte Shafique, ont souligné la nécessité de renforcer la mise en œuvre des lois existantes et d’accroître l’engagement communautaire afin d’éliminer cette pratique néfaste.
Les responsables onusiens ont reconnu les progrès réalisés depuis l’adoption en 2015 de l’amendement à la loi sur les femmes, qui criminalise les MGF, tout en avertissant que la pratique demeure répandue dans certaines régions du pays.
Selon l’Enquête démographique et de santé (EDS) 2019–2020, plus des trois quarts des femmes gambiennes âgées de 15 à 49 ans ont subi des MGF. La déclaration indique également qu’environ 21.198 filles pourraient être exposées au risque de cette pratique en 2026, un chiffre qui pourrait dépasser 150.000 d’ici 2030 si les mesures de prévention ne sont pas renforcées.
Les représentants des Nations unies ont mis en lumière les graves risques sanitaires et psychologiques liés aux MGF, notamment des hémorragies sévères, des infections, des complications lors de l’accouchement, des traumatismes émotionnels à long terme et, dans les cas extrêmes, la mort. Ils ont rappelé qu’aucun bénéfice médical n’est associé à cette pratique.
« Derrière ces chiffres se trouvent des personnes dont la vie a été marquée par la douleur, des complications de santé et des traumatismes », indique la déclaration, ajoutant que les femmes et les filles ont droit à l’autonomie corporelle, à la sécurité et à la protection en vertu des lois nationales, régionales et internationales.
L’ONU a également salué le rôle des chefs traditionnels et religieux, des organisations de la société civile, des agents de santé, des parents et des jeunes dans le plaidoyer pour l’abandon des MGF, appelant à un soutien continu aux initiatives communautaires.
La déclaration souligne que les pratiques culturelles évoluent avec le temps et que la protection des filles contre les préjudices est conforme aux valeurs gambiennes de dignité, de bienveillance et de solidarité communautaire.
Tout en félicitant le gouvernement pour l’adoption d’une législation interdisant les MGF, les responsables onusiens ont insisté sur l’importance de renforcer son application, de sensibiliser davantage, de soutenir les survivantes et de veiller à ce que les auteurs soient tenus responsables.
Ils ont également mis en avant le rôle des hommes et des garçons en tant qu’alliés dans la promotion d’un changement social positif et ont encouragé les communautés à soutenir les mères qui choisissent de ne pas soumettre leurs filles à cette pratique.
L’éducation a été identifiée comme un outil clé pour mettre fin aux MGF, l’ONU soulignant que les filles qui restent scolarisées et ont accès à l’information ainsi qu’aux opportunités économiques sont mieux placées pour prendre des décisions éclairées concernant leur vie et leur santé.
Les Nations unies ont réaffirmé leur engagement à soutenir les efforts nationaux visant à mettre fin aux MGF à travers le renforcement des programmes de prévention, l’amélioration des systèmes de santé, l’élargissement de l’accès à l’éducation et le développement des services destinés aux survivantes.
« Mettre fin aux MGF nécessite une appropriation collective, un dialogue ouvert et un engagement durable de toutes les parties prenantes », conclut la déclaration.
