Par: Fatou Krubally
Le Forum 2025 sur la Gouvernance au Sahel s’est ouvert mercredi à Banjul, en Gambie, avec des appels de haut niveau adressés aux gouvernements, à la société civile et aux citoyens de toute la région pour affronter ensemble les défis de la gouvernance et rétablir la confiance du public.
Placée sous le thème « L’avenir de la gouvernance : (Re)construire la cohésion sociale et la confiance publique », cette rencontre de deux jours réunit des dirigeants politiques, des experts internationaux, des partenaires au développement et des acteurs de la société civile venus de toute l’Afrique de l’Ouest et du Sahel afin de tracer une nouvelle voie pour la gouvernance démocratique dans une région en proie à l’insécurité et au déclin institutionnel.
Dans sa déclaration officielle d’ouverture, Fatou Kinneh, Secrétaire permanente au ministère des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Gambiens de l’étranger, a souhaité la bienvenue aux délégués et réaffirmé l’engagement de la Gambie en faveur du renouveau démocratique.
Dans son discours-programme, le président gambien Adama Barrow a appelé les gouvernements du Sahel à renforcer l’engagement citoyen, à garantir la justice et à investir dans un développement inclusif. « La plus grande menace pour la paix et la stabilité n’est pas seulement la pauvreté ou les conflits, mais le fossé grandissant entre les peuples et les institutions censées les servir », a déclaré le président Barrow. Il a exhorté les dirigeants à faire du dialogue, de l’équité et de la construction de la confiance les valeurs fondamentales de la gouvernance.
Le coordinateur résident des Nations Unies en Gambie, M. Karl Frédérick Paul, a qualifié le forum d’initiative opportune et nécessaire. « Le Sahel traverse une crise de gouvernance. La confiance publique s’est érodée et les institutions sont sous pression. Mais les gouvernements seuls ne peuvent y faire face. La reconstruction de la gouvernance doit être inclusive — les femmes, les jeunes, les leaders religieux et les communautés ont tous un rôle à jouer », a-t-il déclaré.
Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, M. Leonardo Santos Simão, a mis en garde contre les approches fragmentées de la gouvernance qui ont échoué dans la région. « Nous devons dépasser les réponses cloisonnées et adopter une vision régionale commune de la gouvernance qui favorise la redevabilité, la sécurité et la justice », a-t-il souligné.
Le Dr Roba D. Sharamo, directeur du Programme régional pour l’Afrique du PNUD, a insisté sur le fait que la gouvernance au Sahel doit être centrée sur les populations et adaptée aux réalités. « Les citoyens ne tolèrent plus des institutions distantes. Ils exigent des résultats. Le défi auquel nous sommes confrontés ne consiste pas seulement à concevoir des politiques, mais à restaurer la confiance dans la capacité de la démocratie à produire des résultats. »
Ahunna Eziakonwa, Sous-secrétaire générale des Nations Unies et Directrice régionale du PNUD pour l’Afrique, a souligné la nécessité de réformes audacieuses. « La réalité est que la méfiance grandit dans nos sociétés. Les dirigeants doivent être à la hauteur de ce moment. Il est temps de repenser la gouvernance non pas comme un contrôle, mais comme une attention portée aux citoyens, aux institutions et à l’avenir. »
Le forum, accueilli par le gouvernement gambien et organisé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), IDEA International et d’autres partenaires, vise à produire un agenda régional de gouvernance capable de s’attaquer aux inégalités structurelles, à la faiblesse des institutions étatiques et à l’insécurité croissante.
Les sessions du forum examinent des thèmes tels que le recul démocratique, le rôle des autorités traditionnelles et religieuses, les transitions constitutionnelles et la reconstruction de la confiance civique après les conflits et les coups d’État.
Les délégués comprennent d’anciens chefs d’État, des parlementaires, des représentants d’organisations régionales, des universitaires et des militants de base. De nombreux intervenants ont répété un message commun : la réforme de la gouvernance doit être portée par les acteurs de la région et ancrée dans les contextes locaux.
Alors que le forum se poursuit pour une deuxième journée, les participants devraient adopter des recommandations clés en faveur d’un pacte de gouvernance plaçant les citoyens au cœur de la prise de décision.
- Paul a conclu son discours d’ouverture par un message d’espoir : « Si nous agissons ensemble avec honnêteté, humilité et un sens partagé du devoir, nous pouvons bâtir l’avenir du Sahel sur une base de confiance. »
Le Forum sur la Gouvernance au Sahel se poursuivra jeudi avec des discussions axées sur les cadres de gouvernance transitionnelle, la coordination régionale et les modèles innovants de prestation de services publics.
