Par: Fatou Krubally
Le Comité conjoint de l’Assemblée nationale, composé de la Commission des finances et des comptes publics (FPAC) et de la Commission des entreprises publiques (PEC), a révélé un présumé blanchiment d’argent, une évasion fiscale et des défaillances réglementaires liées à la vente controversée de plus de 36 000 tonnes de produits pétroliers, d’une valeur estimée à 30 millions de dollars, selon son rapport officiel.
Le rapport indique que l’entreprise étrangère Apogee FZC, non enregistrée en Gambie, aurait mené ses activités par l’intermédiaire de deux sociétés locales, Creed Energy et Ultimate Beige Logistics. Les deux entreprises ont ouvert des sous-comptes auprès d’Access Bank et d’Ecobank, avec M. Aurimas Steblys, identifié comme représentant d’Apogee, en tant que seul signataire. L’Unité de renseignement financier (FIU) a déclaré au Comité que cette structure était « non conforme » aux lois anti-blanchiment en vigueur.
Selon le rapport, la FIU a relevé plusieurs signaux d’alerte concernant ces transactions. L’unité soupçonne que Creed Energy et Ultimate Beige servaient de prête-noms pour Apogee, permettant le transfert des fonds issus des ventes de pétrole via des banques gambiennes vers des comptes offshore aux Émirats arabes unis. La FIU a témoigné que si Creed Energy est bien enregistrée en Gambie, elle n’est pas autorisée par l’Autorité de régulation des services publics (PURA) à faire du commerce de produits pétroliers, tout comme Ultimate Beige.
Le rapport mentionne également des renseignements indiquant qu’un haut fonctionnaire du gouvernement aurait perçu des pots-de-vin mensuels de 600 000 GMD pour faciliter les opérations d’Apogee. La FIU a confirmé avoir partagé ces informations avec la police gambienne, la Banque centrale et l’Autorité fiscale de la Gambie (GRA), mais aucune mesure n’avait été prise au moment du témoignage.
D’autres révélations du rapport indiquent que le ministère du Pétrole et de l’Énergie n’a délivré aucun permis aux trois entreprises impliquées. Une prétendue nouvelle politique pétrolière, qui semblait autoriser les commerçants étrangers comme Apogee à vendre directement aux sociétés de commercialisation locales, a été qualifiée de « fictive » par le Comité, qui n’a trouvé aucune preuve d’une approbation par le Cabinet.
Le Comité conjoint a conclu que l’ensemble de l’opération semble avoir été conçu pour contourner les réglementations et favoriser Apogee, au détriment de la transparence, de la concurrence loyale et des recettes de l’État.
Le rapport final a désormais été soumis à l’Assemblée plénière pour examen et action éventuelle.
