Par: Fatou Krubally
La Force de police gambienne a prématurément suspendu son enquête sur un scandale présumé de corruption et de blanchiment d’argent lié au pétrole, d’un montant de 30 millions de dollars, sur ordre de l’ancien Inspecteur général de la police, actuellement ministre de l’Intérieur, révèle le rapport officiel du Comité conjoint de l’Assemblée nationale sur les finances et les comptes publics (FPAC) et le Comité des entreprises publiques (PEC), publié le jeudi 26 juin 2025.
Le rapport, couvrant la période d’août 2024 à mai 2025, indique que l’enquête policière sur des transactions suspectes impliquant Apogee FZC, Creed Energy Ltd et Ultimate Beige Logistics a été interrompue avant qu’un progrès significatif ne soit réalisé. Apogee FZC n’est pas enregistrée en Gambie mais contrôlerait prétendument des fonds provenant de la vente de pétrole via des sous-comptes conjoints avec les deux entreprises gambiennes.
Selon les témoignages de hauts responsables de la police, notamment l’actuel Inspecteur général de la police, Seedy Muctar Touray, et le commissaire de l’Unité spéciale d’enquêtes (SIU), un panel avait été formé pour enquêter sur l’affaire, mais a reçu l’ordre de se retirer. Le commissaire Pa Alieu Jawara a d’abord déclaré que la directive provenait de l’ancien IGP, avant de revenir sur ses propos en affirmant que la décision avait été prise en interne pour « garder l’affaire à l’œil ». Toutefois, le rapport souligne des contradictions entre son témoignage et celui d’autres officiers, qui ont confirmé avoir reçu des instructions directes de sa part pour mettre fin à l’enquête.
Le Comité a également noté que M. Aurimas Steiblys, représentant local d’Apogee, avait été interrogé mais jamais inculpé. Sa déclaration ne comportait ni date, ni signature, ni témoin indépendant – une irrégularité que le Comité a qualifiée de « grave entorse aux procédures policières habituelles ». Le rapport précise en outre qu’aucune caution n’a été signée et que le passeport de M. Aurimas ne lui a pas été retiré pour garantir sa disponibilité.
La police a reconnu que M. Aurimas et une autre suspecte, Nana N.A. Koranteng, ne coopéraient pas. Les demandes de documents n’ont pas été satisfaites, et les questionnaires censés avoir été envoyés aux suspects n’ont jamais été remis au Comité.
De plus, la police n’a pas obtenu à temps les relevés des institutions bancaires impliquées. Les relevés d’Access Bank et d’Ecobank n’ont été reçus qu’un an plus tard, et uniquement après que la police a été convoquée devant le Comité.
Selon le rapport, l’ensemble de l’enquête a manqué de transparence, de documentation adéquate et de conformité juridique, soulevant de sérieuses questions sur l’ingérence et la négligence au sein de la Force de police gambienne.
