
Par Musa S. Sheriff
L’opposition gambienne est entrée dans une période d’incertitude après que les négociations de coalition n’ont pas réussi à s’accorder sur un seul candidat présidentiel pour l’élection du 5 décembre 2026, révélant de profondes divisions sur le leadership, le partage du pouvoir et la stratégie électorale.
L’impasse a culminé avec le retrait du plus grand parti d’opposition du pays, le Parti démocratique uni (UDP), des négociations de coalition, mettant ainsi fin à des mois d’efforts pour unir les partis d’opposition autour d’un ticket présidentiel commun.
Des sources proches des pourparlers, s’exprimant sous couvert d’anonymat car elles n’étaient pas autorisées à commenter publiquement, ont déclaré que les désaccords sur la méthode de sélection d’un porte-drapeau et la structure d’un futur gouvernement de coalition s’avéraient impossibles à résoudre.
La délégation du UDP a informé les participants lors d’une des dernières réunions que le parti ne participerait plus au processus de coalition après avoir conclu qu’un consensus n’était pas possible.
Ce développement laisse l’opposition fragmentée quelques mois seulement avant que les Gambiens n’aillent voter pour élire un président.
Cet échec rappelle l’échec des tentatives précédentes de maintenir l’unité de l’opposition après la Coalition victorieuse de 2016, qui a battu l’ancien président Yahya Jammeh après 22 ans au pouvoir. Cette coalition a uni sept partis politiques et un candidat indépendant derrière Adama Barrow, alors dirigeant de l’UDP qui a ensuite remporté la présidence.
Depuis, cependant, les relations entre les partis d’opposition se sont progressivement détériorées à la suite de réalignements politiques et de désaccords sur la gouvernance, les réformes constitutionnelles et la stratégie électorale.
Les observateurs politiques affirment que les négociations actuelles reflètent les mêmes tensions qui ont compliqué la construction de coalitions depuis 2017.
L’UDP a toujours soutenu que toute alliance d’opposition devrait être construite autour du parti d’opposition le plus fort du pays, plutôt que par un arrangement accordant un poids égal aux petits partis politiques.
Les responsables du parti ont soutenu que la force électorale, la capacité organisationnelle et la représentation parlementaire devraient déterminer la direction de toute coalition, plutôt que la parité négociée entre partis à influence politique inégale.
L’UDP reste actuellement le plus grand parti d’opposition à l’Assemblée nationale et a traditionnellement commandé la plus grande base électorale de l’opposition du pays.
Des sources impliquées dans les négociations ont indiqué que plusieurs petits partis d’opposition préféraient un candidat consensuel sélectionné par négociation plutôt que d’approuver automatiquement le candidat présidentiel de l’UDP.
Les participants auraient exprimé leur inquiétude qu’une coalition dominée par un seul parti puisse saper le principe de partenariat égalitaire qui caractérisait l’alliance de 2016.
Les approches différentes ont finalement empêché un accord sur une formule acceptable pour tous les participants.
Les analystes politiques estiment que l’effondrement des négociations de coalition pourrait remodeler de manière significative la course présidentielle de 2026.
Une opposition divisée entraînerait probablement plusieurs candidats à la présidence affrontant le président sortant Adama Barrow, ce qui pourrait diviser des votes qui auraient autrement pu être regroupés sous un seul candidat de l’opposition.
Le système électoral uninominal à un tour signifie qu’un candidat n’a besoin que d’une pluralité de voix pour remporter la présidence, rendant l’unité de l’opposition stratégiquement importante.
Cependant, les analystes mettent en garde que l’impact politique dépendra de la capacité des partis individuels à construire des alliances électorales efficaces en dehors du cadre formel des coalitions.
Plusieurs commentateurs politiques soutiennent que l’UDP estime disposer d’une force électorale suffisante pour défier indépendamment le Parti national populaire (NPP) au pouvoir, tandis que d’autres groupes d’opposition semblent convaincus que battre le titulaire nécessite une autre coalition large similaire à celle de 2016.
Cette divergence reflète des calculs politiques concurrents plutôt que de simples rivalités personnelles.
Pour l’UDP, diriger sa propre campagne préserve l’identité du parti et le contrôle organisationnel.
Pour les petits partis, une coalition négociée offre une plus grande pertinence politique et influence dans toute future administration.
Avec les négociations de coalition effectivement au point mort, l’attention devrait se porter sur les congrès individuels des partis, la confirmation des candidats et les ententes politiques bilatérales.
Bien qu’une coopération informelle pendant la campagne ne puisse être exclue, rien n’indique actuellement qu’une coalition d’opposition globale émergera avant les nominations.
À l’approche de l’élection, les partis d’opposition doivent désormais relever le défi de convaincre les électeurs que des campagnes séparées peuvent encore apporter un changement politique, tandis que le NPP au pouvoir devrait bénéficier de l’absence d’un front d’opposition uni.
Pour de nombreux Gambiens, l’effondrement des pourparlers de coalition marque une nouvelle occasion manquée de présenter une alternative unique à l’administration sortante, laissant l’opposition à l’un de ses carrefours les plus critiques depuis la transition démocratique de 2016.

