Par Fatou Krubally & Haddy Touray
Le Comité de politique monétaire (MPC) de la Banque centrale de la Gambie a décidé de maintenir le taux directeur (Monetary Policy Rate, MPR) à 14 %, à l’issue de sa dernière évaluation des évolutions économiques nationales et mondiales ainsi que des perspectives d’inflation à court terme.
Le gouverneur de la Banque centrale, Buah Saidy, a annoncé la décision à Banjul jeudi, indiquant que le Comité a examiné attentivement la conjoncture économique mondiale, la performance macroéconomique nationale et les risques émergents avant de parvenir à cette conclusion. Parallèlement au MPR, le Comité a également maintenu le ratio de réserves obligatoires à 13 %, le taux de facilité de dépôt à 5 % et le taux de facilité de prêt à 15 %.
Selon le gouverneur, cette décision reflète la nécessité d’équilibrer la croissance économique soutenue avec les pressions inflationnistes croissantes, tant au niveau mondial que national.
Le Comité a observé que l’activité économique mondiale devrait ralentir en 2026 en raison des tensions géopolitiques croissantes, de l’incertitude persistante des politiques et de nouvelles pressions inflationnistes. Le Fonds monétaire international (FMI), dans ses Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2026, prévoit une croissance mondiale de 3,1 %, soit une révision à la baisse de 0,2 point de pourcentage.
Les économies avancées devraient croître de 1,8 %, tandis que les marchés émergents et les économies en développement devraient progresser de 3,9 %. En Afrique subsaharienne, la croissance devrait légèrement ralentir, passant de 4,5 % en 2025 à 4,3 % en 2026, en raison de conditions budgétaires plus strictes, de pressions sur les devises et des retombées des conflits géopolitiques.
L’inflation mondiale devrait également augmenter temporairement, avec une inflation globale estimée à 4,4 % en 2026 avant de reculer à 3,7 % en 2027. Cette hausse est principalement attribuée à l’augmentation des coûts de l’énergie et du transport liée aux perturbations géopolitiques en cours.
Le comité a mis en évidence une forte hausse des prix mondiaux des matières premières, notamment du pétrole. L’indice des prix des matières premières du FMI a augmenté de 28,1 % en avril 2026 par rapport à janvier, en raison de la flambée du prix du baril de pétrole brut, passé de 60 à 100 dollars américains.
Cette évolution est principalement liée à l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, qui perturbe les chaînes d’approvisionnement, les routes maritimes et les flux du commerce mondial.
Malgré les défis extérieurs, l’économie gambienne fait preuve de résilience. L’activité économique est restée solide en 2025 et devrait maintenir sa dynamique en 2026, soutenue par la croissance du tourisme, du secteur de la construction, du commerce et des services financiers.
L’indice composite d’activité économique de la Banque centrale indique que l’économie a enregistré une croissance moyenne de 3,5 % au premier trimestre 2026.
La croissance du PIB réel est désormais estimée à 5,7 % pour 2026, bien qu’elle ait été révisée à la baisse de 0,5 point de pourcentage en raison de la hausse des prix de l’énergie et d’une incertitude accrue.
Le climat des affaires reste globalement positif, soutenu par la demande saisonnière liée au tourisme, la consommation festive et l’expansion des secteurs de la construction et des services financiers numériques. Toutefois, les anticipations d’inflation et les inquiétudes liées au taux de change demeurent élevées.
Les données préliminaires de la balance des paiements montrent un creusement du déficit du compte courant, qui s’est établi à 20,83 millions de dollars américains (0,8 % du PIB) au premier trimestre 2026, contre 13,19 millions (0,5 %) un an plus tôt.
Cette détérioration est principalement due à la hausse des importations de carburant, de céréales, de véhicules et de matériaux industriels, malgré l’amélioration des recettes touristiques et des transferts de fonds des migrants.
Le déficit commercial des biens s’est également élargi à 284,37 millions de dollars, reflétant une hausse de 20,6 % des importations. Bien que les exportations aient progressé à 140,28 millions de dollars, elles restent insuffisantes pour compenser la croissance des importations.
Le marché intérieur des changes est resté globalement stable durant la période sous revue, avec une augmentation des volumes de transactions. Le total des opérations en devises a atteint 644,19 millions de dollars, contre 590,8 millions au trimestre précédent.
Les transferts de fonds ont également enregistré une forte croissance, atteignant 246,08 millions de dollars entre janvier et mars 2026, soit une hausse de 17,2 % sur un an. Le dalasi est resté globalement stable, enregistrant de légers gains face au dollar américain et à la livre sterling, tout en se dépréciant légèrement face à l’euro, au franc suisse et au franc CFA.

