Par Isatou Sarr
La Haute Cour de Bundung a acquitté et libéré trois accusées dans une affaire liée à la présumée circoncision féminine d’une fillette d’un mois, Sarjo Conteh, décédée à la suite de l’incident.
En rendant son verdict, le juge I. Janneh a estimé que l’accusation n’avait pas réussi à établir un prima facie case reliant les accusées aux infractions retenues, et a donc validé la requête de la défense demandant un non-lieu.
Les accusées – Fatou Camara, Hawa Conteh et Oumie Sawaneh – avaient été inculpées le 26 novembre 2025 pour quatre chefs d’accusation, notamment complot en vue de commettre un crime, interdiction de la circoncision féminine, ainsi que des infractions liées à la complicité, en vertu de la loi sur les femmes (amendement) de 2015.
L’accusation alléguait que le 8 septembre 2025, à Wellingara, dans la région de la West Coast, les trois femmes avaient conspiré pour pratiquer une circoncision sur le bébé Sarjo Conteh, ce qui aurait entraîné sa mort.
Fatou Camara était spécifiquement accusée d’avoir pratiqué l’acte, Hawa Conteh d’avoir facilité et encouragé l’opération, et Oumie Sawaneh de ne pas avoir signalé les faits aux autorités.
Le parquet avait appelé dix témoins et présenté plusieurs preuves, notamment des rapports médicaux et des photographies. Des policiers ont déclaré que l’enfant avait été admise déjà décédée à l’hôpital maternel et infantile de Bundung, avec des traces de sang visibles dans la zone génitale. Les enquêteurs ont affirmé que des déclarations de la mère et de la tante de l’enfant suggéraient une implication dans la circoncision, mais ces déclarations ont été rejetées par le tribunal pour non-conformité aux exigences légales.
Des médecins ont indiqué que les constatations cliniques suggéraient une circoncision récente ayant entraîné une hémorragie massive et un choc hypovolémique. Un pathologiste consultant, le professeur Gabriel Ogun, ayant réalisé l’autopsie, a confirmé des blessures génitales étendues compatibles avec une circoncision et a conclu que la cause du décès était une hémorragie externe.
Cependant, sous contre-interrogatoire, il a reconnu certaines limites, notamment l’impossibilité d’identifier l’objet utilisé ou la personne responsable.
D’autres témoins médicaux ont confirmé que l’enfant avait été amenée morte à l’hôpital et que la circoncision était suspectée, mais le tribunal a estimé que ces éléments ne constituaient pas une preuve pénale suffisante.
Les policiers ont également témoigné sur les arrestations et les déclarations recueillies, mais plusieurs de ces déclarations ont été rejetées par la cour pour non-respect de l’article 31(2) de la loi sur la preuve, qui exige la présence d’un témoin indépendant lors de l’enregistrement.
Dans son jugement, le juge Janneh a reconnu que la preuve médicale établissait qu’une circoncision avait bien eu lieu et avait causé la mort du nourrisson, mais a conclu que l’accusation n’avait pas apporté de preuves admissibles reliant les accusées aux faits.
Concernant le complot, la cour a estimé qu’aucune preuve admissible d’accord entre les accusées n’avait été présentée, les éléments reposant principalement sur du ouï-dire et des aveux rejetés.
Pour Fatou Camara, la cour a jugé qu’il n’existait aucune preuve directe ou circonstancielle l’identifiant comme auteure de l’acte. Le juge a rappelé que le soupçon, aussi fort soit-il, ne peut remplacer la preuve hors de tout doute raisonnable.
De même, pour Hawa Conteh, les accusations de complicité ont été rejetées faute de preuves admissibles. Pour Oumie Sawaneh, la cour a estimé qu’aucune preuve n’établissait qu’elle avait eu connaissance des faits de manière à engager sa responsabilité pénale.
Le juge Janneh a souligné que la qualité des preuves prime sur leur quantité et a critiqué certaines insuffisances dans l’enquête, notamment le manque de visite des lieux par certains policiers et des lacunes dans les investigations.
Il a également dénoncé des irrégularités dans la collecte des aveux, estimant que le non-respect des garanties légales constituait une faille majeure.
Estimant que l’accusation n’avait pas satisfait à la charge de la preuve, la cour a accordé le non-lieu et acquitté les trois accusées sur tous les chefs.
Le juge a rappelé que les parties insatisfaites disposent d’un droit d’appel.
Cette affaire, qui a suscité une forte attention publique en raison des circonstances du décès, relance le débat sur l’application des lois interdisant la circoncision féminine en Gambie.

