Par Haddy Touray
Les parties prenantes médiatiques et les partenaires des organisations de la société civile (CSO) ont remis en question la légalité de la politique nationale d’accréditation de la presse proposée par le gouvernement et des règlements sur la radiodiffusion et les contenus en ligne, 2026.
Les parties prenantes et leurs partenaires ont posé les questions lors d’une réunion d’urgence tenue mercredi au secrétariat du GPU à Fajara.
Présentant un mémoire au nom des participants, la présidente du GPU, Isatou Keita, affirme que la politique nationale d’accréditation de la presse proposée vise à établir un système centralisé exigeant que les journalistes, freelances, créateurs de contenu et utilisateurs de réseaux sociaux ayant une portée publique significative obtiennent une accréditation administrée par l’État pour accéder aux événements gouvernementaux et exercer des fonctions journalistiques.
Elle observe que la portée large de la politique transforme efficacement l’accréditation, passant d’un outil d’accès logistique à un mécanisme de barrière déterminant qui peut recueillir et diffuser des informations publiques.
Selon elle, la politique introduit un système réglementaire à plusieurs niveaux dans lequel les journalistes doivent obtenir l’approbation et l’accréditation de la Public Utilities Regulatory Authority (PURA), soulevant des inquiétudes quant à l’indépendance institutionnelle.
« La conception du système donne à PURA et au ministre le pouvoir de décider qui est autorisé à exercer le journalisme », a-t-elle déclaré, ajoutant que cela pourrait exercer une pression excessive sur les journalistes et limiter leur capacité à examiner les institutions publiques.
Elle note en outre que la politique élargit le mandat de la PURA au-delà des licences de diffusion et de la gestion du spectre, incluant la régulation des journalistes individuels, l’expression en ligne et les systèmes d’accréditation.
Keita soutient que ni la loi sur l’information et la communication de 2009 ni la Constitution n’autorisent l’État à contrôler qui peut exercer le journalisme via des dispositifs d’enregistrement ou d’accréditation administrés par l’exécutif.
Concernant le Règlement sur la radiodiffusion et le contenu en ligne, 2026 (nouvelle version), les parties prenantes ont exprimé leur inquiétude quant aux dispositions permettant au ministre de désigner tout service, plateforme ou individu en ligne comme « fournisseur désigné de contenu en ligne ».
Ils ont déclaré que cela pourrait étendre la réglementation aux blogueurs et aux particuliers sans leur consentement ni leur connaissance, la qualifiant de trop large et potentiellement inconstitutionnelle.
Les participants ont également noté que, bien que les règlements fassent référence à des garanties constitutionnelles telles que la liberté d’expression et l’indépendance des médias, celles-ci n’étaient pas systématiquement reflétées dans les dispositions accordant à PURA les pouvoirs de retirer des contenus et d’imposer des sanctions.
Ils ont en outre souligné l’absence de contrôle judiciaire ou de mécanismes d’appel indépendants pour les décisions de désignation, laissant les personnes ou plateformes concernées sans recours.
La réunion observe que, bien que la nouvelle version stipule que l’enregistrement n’est pas obligatoire pour exercer le journalisme, elle impose toujours l’inscription des journalistes employés par des médias réglementés, créant une pression indirecte.
Les parties prenantes soutenaient que les lois existantes, dont la loi PURA (2001) et la loi sur l’information et la communication (2009), n’autorisaient pas l’enregistrement de journalistes individuels, qualifiant cette mesure de dépassant le mandat légal du régulateur.
Ils ont également exprimé leur inquiétude concernant les dispositions permettant à PURA de suspendre ou d’annuler l’enregistrement d’un journaliste en cas de violation des règlements, arguant que les questions disciplinaires devraient être traitées par un organisme professionnel indépendant tel que le Conseil des médias de Gambie.
Les parties prenantes affirment que de telles dispositions contredisent les normes régionales, notamment la Déclaration des principes de la Commission africaine sur la liberté d’expression et l’accès à l’information en Afrique (2019), qui appelle à des organismes de régulation indépendants.
La réunion a conclu que plusieurs aspects de la politique et des règlements proposés étaient incompatibles avec les garanties constitutionnelles, régionales et internationales de liberté de la presse, de liberté d’expression et d’accès à l’information.

