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Un ancien vérificateur général allègue une ingérence présidentielle dans des audits clés

L’ancien auditeur général, Modou Ceesay, a témoigné lundi devant la Cour suprême en affirmant que son refus de se conformer à l’ingérence présidentielle dans des audits clés avait conduit à son licenciement.

Selon lui, le président Adama Barrow et ses principaux conseillers ont cherché à retarder ou à adoucir les principaux audits gouvernementaux, invoquant des effets potentiels sur la campagne de réélection du président.

Devant un panel de cinq membres dirigé par le juge en chef Hassan Jallow, Ceesay a détaillé des réunions avec le président et le chef de cabinet au cours desquelles le calendrier et la sensibilité politique des audits ont été soulevés à plusieurs reprises. Ce témoignage fait partie d’une affaire contestant la légalité de sa destitution.

Ceesay a indiqué que les audits en question comprenaient des enquêtes sur la National Food Security Processing and Marketing Corporation, le ministère des Terres, la Banque centrale de Gambie et le Fonds consolidé du gouvernement. Il a déclaré avoir été convoqué au Capitole après avoir initié un audit spécial de la Food Security Corporation et qu’on lui avait demandé de reporter l’audit jusqu’en 2026 en raison de son impact potentiel sur les agriculteurs et les prochaines élections.

Il a décrit des interventions similaires dans les audits du ministère des Terres et de la Banque centrale, affirmant que les responsables exprimaient des inquiétudes concernant les litiges juridiques en cours et le calendrier des rapports. Il a ajouté que son bureau avait demandé des documents à la Banque centrale et à l’Autorité des recettes de Gambie (GRA), mais que cette dernière refusait de fournir des bases de données fiscales et douanières, invoquant des préoccupations de propriété.

Ceesay a déclaré avoir officiellement décliné une nomination ministérielle proposée par le président le 10 septembre 2025, arguant que son expertise résidait dans l’audit. Malgré la pression continue des responsables gouvernementaux, dont le ministre des Finances et un député, il a maintenu son refus. Il a indiqué que Cherno Sowe s’est présenté à son bureau le lendemain en revendiquant le poste d’auditeur général, mais qu’il a refusé de remettre des documents, invoquant un manque de communication officielle.

Il a raconté que la police l’a ensuite escorté hors du Bureau national des comptes après que des journalistes se soient rassemblés pour s’enquérir de son statut.

Lors du contre-interrogatoire, l’avocate de l’État Ida Drammeh a contesté le récit de Ceesay sur le litige sur les données de la GRA, le moment et la validité de sa lettre de refus, ainsi que l’ingérence présumée du président dans les audits. Ceesay a nié avoir jamais demandé des données personnelles à GRA, postulé à des postes là-bas, ou accepté le poste ministériel. Plusieurs lettres et communiqués de presse ont été admis comme preuves.

La Cour suprême a reporté l’affaire à mardi pour la poursuite du contre-interrogatoire.

Par ailleurs, le contre-interrogatoire de Modou Ceesay par le conseiller d’État I. Drammeh s’est poursuivi mardi dans le différend en cours concernant sa prétendue nomination au poste de ministre du Commerce.

Ceesay a confirmé avoir reçu une lettre de l’Autorité fiscale de Gambie (GRA) datée du 1er septembre 2025, bien qu’il ait déclaré ne pas se souvenir de la date exacte. Le tribunal a admis la lettre comme preuve sans objection de la défense. De même, une publication de What’s On-Gambia a été lancée et admise après que Ceesay ait déclaré ne pas se souvenir du numéro précis en raison du nombre de publications partagées sur plusieurs plateformes.

Lors de l’interrogatoire, Ceesay a nié avoir copié le Bureau du Président sur les questions d’audit pour obtenir le soutien présidentiel, affirmant que les copies n’étaient envoyées que lorsque cela était nécessaire. Il a confirmé que le ministère de la GRA est celui du ministère des Finances, et non le Bureau du Président, et que le Bureau national d’audit engageait occasionnellement des cabinets privés d’audit en raison du manque de personnel.

Ceesay a également nié toute instruction du Président d’arrêter les audits pour des raisons électorales et a déclaré qu’il n’avait accepté aucune nomination ministérielle, expliquant qu’il avait informé le Président qu’il répondrait plus tard.

Suite au témoignage de Ceesay, le conseiller d’État I. Drammeh a appelé deux témoins du Capitole. Alhagie Ousman Ceesay, chef du protocole, a témoigné que le 10 septembre 2025, le président a procédé à plusieurs nominations et réaffectations, notamment Babucarr Joof au ministère de la Défense et Cherno Amadou Sowe en tant qu’auditeur général. Il a confirmé que Modou Ceesay avait été conduit au bureau du président et que les lettres de nomination n’étaient délivrées qu’après acceptation.

Lors du contre-interrogatoire du conseiller de la défense Lamin J. Darboe, Alhagie Ousman Ceesay a déclaré avoir pris connaissance du rejet de la nomination par Ceesay via les réseaux sociaux et non directement. Il a en plus confirmé qu’il n’avait vu aucun cas où le Président ordonnait l’arrêt des audits.

Le deuxième témoin, Wuday Ceesay, officier de protocole à la State House, a témoigné que Modou Ceesay s’était rendu au bureau du Président le 10 septembre et semblait satisfait en partant, informant le personnel de sa nomination. Lors du contre-interrogatoire, elle a précisé que Ceesay s’était contentée de sourire et de féliciter les échanges qui avaient eu lieu entre elles, sans plus d’explications.

Le tribunal a libéré les témoins et fixé des dates pour le dépôt des mémoires et des réponses. L’affaire reste levée.

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