Par Rohey Samba
La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a exprimé sa profonde préoccupation face à la réaction policière lors des récentes manifestations contre l’Autorité de régulation des services publics (PURA), après l’arrestation et la détention de 23 jeunes à la prison centrale de Mile II.
Dans un communiqué publié mardi, la Commission a condamné ce qu’elle a qualifié de « brutalité excessive » de la part des forces de l’ordre et l’utilisation de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants devant le tribunal de première instance de Kanifing le 25 août 2025.
La manifestation, initialement organisée le 22 août, avait été menée par de jeunes militants afin de soumettre une pétition à la PURA au sujet de sa décision controversée d’imposer un plancher tarifaire sur les prix de l’internet mobile. Dix-neuf manifestants avaient été arrêtés ce jour-là, et d’autres arrestations ont suivi les jours suivants, dont 14 personnes appréhendées alors qu’elles se rendaient prétendument à l’Assemblée nationale.
Selon la CNDH, son équipe juridique et d’enquête se trouvait sur le terrain pour suivre les événements, rendant visite aux détenus dans plusieurs commissariats, notamment à Kairaba, Kotu, Bakoteh et Kanifing. La Commission a également suivi les audiences judiciaires afin de s’assurer que les droits des accusés étaient respectés.
« La Commission est profondément préoccupée par ces développements et condamne la manière dont certains agents des forces de l’ordre ont géré les événements, notamment la brutalité excessive et l’usage indiscriminé de gaz lacrymogène », indique le communiqué.
La CNDH a rappelé à l’État ses obligations en vertu des articles 25(1)(d) et (e) de la Constitution de 1997, qui garantissent les droits à la liberté de réunion et d’association, ainsi qu’en vertu des traités internationaux ratifiés par la Gambie.
La Commission a réitéré ses recommandations antérieures, dont la révision de l’article 5 de la Loi sur l’ordre public afin d’éliminer l’obligation d’obtenir une autorisation de la police pour organiser des rassemblements publics. Elle propose de remplacer ce système de permis par une simple procédure de notification et d’harmoniser les lois nationales avec les normes internationales relatives aux droits humains.
La CNDH a également appelé à une meilleure formation des forces de l’ordre en matière de gestion des foules et de droits humains, rappelant que des lignes directrices sur le maintien de l’ordre lors des rassemblements publics ont déjà été fournies à la Police gambienne.
À l’approche du cycle électoral de 2026, la Commission a insisté sur l’importance du respect des droits fondamentaux durant cette période politiquement sensible.
« La Commission réitère l’urgence pour le gouvernement de respecter ses obligations en matière de droits humains… non seulement alors que la Gambie poursuit son chemin démocratique, mais aussi à l’approche du cycle électoral de 2026 », a-t-elle souligné.
Recommandations de la CNDH au gouvernement et aux citoyens
La CNDH a exhorté le gouvernement à : retirer toutes les charges retenues contre les manifestants détenus, engager un dialogue constructif avec les citoyens, modifier l’article 5 de la Loi sur l’ordre public, entreprendre une révision complète de cette loi pour l’aligner sur les obligations relatives aux droits humains, et intégrer dans le programme de formation policière des modules sur la gestion des foules et des rassemblements publics.
Elle a également invité les manifestants et les détenteurs de droits à rester pacifiques et respectueux lors des rassemblements, à éviter la violence, les incitations ou les destructions de biens, à s’abstenir de propos injurieux ou menaçants et à coopérer avec les forces de l’ordre afin de garantir la sécurité publique.
Le communiqué s’est conclu par un appel au respect mutuel entre citoyens et autorités pour préserver la paix et la stabilité, rappelant la devise de la Commission : « Que la justice guide nos actions. »

